Et si le cinéma pouvait changer le monde ?

L’info a fait le tour de France, et peut-être même du monde, histoire d’achever de nous ridiculiser : il aura suffi à Jacques Chirac de voir le film Indigènes sur les tirailleurs algériens pendant la seconde guerre mondiale pour revenir sur l’une des plus grandes injustices du XXe siècle, l’inégalité des pensions entre les anciens combattants d’origine française et ceux des colonies. Qui, on ne le répétera jamais assez, se sont fait allègrement tuer pour sauver un pays qui en guise de reconnaissance les a au mieux oubliés, au pire rejetés. Il y a quelques années, un incertain Nicolas Sarkozy avait décidé de supprimer la double peine après avoir découvert cette triste réalité dans un film de Bertrand Tavernier [1].

A l’époque déjà, cela aurait dû nous mettre la puce à l’oreille. Si les hommes politiques ont tant de mal à améliorer la société dans laquelle nous vivons et à trouver des solutions aux problèmes concrets de leurs concitoyens, c’est tout simplement qu’ils n’ont pas le temps d’aller au cinéma pour y découvrir les réalités sociales contemporaines. Aussi, les rares fois où Nicolas, Jacques et Dominique arrivent à se dégager une petite soirée pour se faire une toile, on en entend tout de suite parler. D’où une solution extrêmement simple pour redonner le moral au pays et remettre en adéquation les mesures politiques et les besoins fondamentaux de la société : instaurer une séance obligatoire de cinéma par semaine, à heure et jour fixes, pour les membres du gouvernement. Le mercredi matin, par exemple.

Ensuite, il n’y a plus qu’à gérer la programmation, ce ne sont pas les sujets qui manquent, il va même falloir prévoir des rétrospectives. Ca commence aujourd’hui de Bertrand Tavernier, pour en finir avec le chômage et la misère. Monsieur Smith au sénat pour revenir aux origines de la chose politique, dégagée de toute collusion avec des intérêts personnels. Flandres pour faire passer toute envie d’aller en découdre dans des contrées lointaines. On pourrait même aller jusqu’à les écrire spécialement, les films. Un récit d’aventures qui donne envie d’annuler la dette du tiers-monde, une histoire d’amour contrariée qui incite à ouvrir toutes les frontières, un dessin-animé pour prôner l’amour universel… Et si l’un de nos bons dirigeants tombe un jour par hasard sur Fahrenheit 451 et s’en inspire pour détruire les films qui distillent de si dangereuses idées, il n’y aura pas loin à aller pour trouver une riposte. Alors, cinéphiles de tous les pays, on tente le coup ?